CONCLUSION

L'un des objectifs de l'Etude du Système Aquifère du Sahara Septentrional était de
construire, pour chacune des deux principales nappes : celle du Complexe Terminal et celle
du Continental Intercalaire, un modèle numérique de simulation, l'objet des modèles étant
de réaliser une synthèse cohérente des données et des connaissances acquises sur ces
aquifères, établir le bilan des ressources en eau, déterminer les ressources exploitables et
élaborer des modalités de gestion de ces ressources sur la base de scénarios de
développement . Au terme de cette étude, qu'en est-il de la réalisation de ces objectifs ?
Modèle du CI vs Modèle du CT
Au démarrage du projet SASS, on était en présence de deux traditions, deux visions, deux
conceptions parallèles de l'hydrogéologie saharienne :
- du coté algéro-tunisien, l'épaisseur des formations semi perméables de séparation, la très
forte différence de charge entre les deux principales nappes, avaient conforté une tradition
ancrée de traitement séparé du CI et du CT et les modèles depuis 1963 ont été conçus
comme des monocouches indépendants;
- du coté libyen, les couches de séparation entre formations aquifères sont moins épaisses
et depuis le premier modèle régional en 1981, il a été opté pour une structure multicouche.
Pour assurer une harmonieuse conjugaison des visions hydrogéologiques dans les trois
pays, la conception générale du modèle SASS a dû abandonner la dualité CI vs CT au profit
d'une représentation Multicouche capable de fédérer les hydrogéologies de l'Algérie-Tunisie
avec celle de la Libye. La représentation du « Multicouche Saharien » permet de préserver
les meilleures conditions de simulation sur le long terme, intégrant le Turonien le
Paléozoique et prenant en compte les écoulements de drainance entre CI et CT.
Base de Données et Système d'Informations
Cette phase du projet a comporté le diagnostic de l'existant, l'élaboration du modèle
conceptuel, la réalisation et la mise en oeuvre d'une BD commune. L'ampleur de la tâche se
mesure à la diversité et à la multiplicité des opérations réalisées sur les 8800 points d'eau
inventoriés : collecte, homogénéisation des systèmes de classement et d'identification,
critique, détection des données aberrantes, correction, validation,... Le système
d'informations obtenu, dénommé « Sagesse », autorise la mise à jour et l'ajout de nouvelles
données, les requètes statistiques, les graphiques, les connections BD-SIG-Modèle.
Synthèse des Connaissances acquises
La représentation Cartographique des écoulements constitue le premier niveau de la
modélisation hydrodynamique. Une telle carte n'avait pas encore été dressée sur tout le
territoire du SASS, mais des représentations portant sur des parties du territoire existaient
bien, chacune apportant sa part au progrès des connaissances. Dans le cadre du projet, il a
été nécessaire de construire une carte piezometrique de manière à présenter un schéma
d'écoulements cohérent sur l'ensemble du bassin. Cette carte définit les écoulements à l'état
« naturel », peu ou pas influencé par les pompages. Pour ce qui concerne la dynamique
générale du système, les évolutions Piézométriques les plus significatives ont été
regroupées par secteur géographique homogène et représentatif . Par ailleurs , la
reconstitution des historiques de Prélèvements s'est présentée avec quelque difficulté étant
donné le grand nombre des points d'eau « actifs », la longueur des historiques et la diversité
des méthodes de comptage selon les pays et selon les équipes qui se sont succédées.
Exploitation des Ressources et Gestion des Risques
L' approche « minière » de la ressource exploitable des nappes réputées « fossiles »,
qualifiée uniquement par les rabattements admissibles, a dû être actualisée. Les simulations
exploratoires effectuées sur le modèle SASS ont en effet mis en exergue un certain nombre
de nuisances et de « risques » auxquels est exposée la ressource en eau du simple fait de
son développement. Vouloir continuer à exploiter encore plus les nappes du CI et du CT
nécessitera désormais de savoir, en connaissance de cause, minimiser et gérer ces risques,
parmi lesquels on peut notamment citer , dans un ordre de gravité décroissant : la

réalimentation potentielle par les Chotts et l'augmentation des salinités , le tarissement des
Exutoires, d'importantes interférences entre pays, la disparition de l'artésianisme, des
hauteurs de pompages excessives .
Scénario de Référence et Simulations Exploratoires
Les calculs effectués sur le Modèle ont clairement montré que la simple poursuite des taux
de prélèvements actuels entraînerait, à l'horizon 2050 , des rabattements supplémentaires
de l'ordre de 30 à 50 mètres sur chacune des deux nappes, et ce notamment sur l'ensemble
du bassin des chotts . Une telle situation serait inacceptable pour le Complexe Terminal : le
risque de percolation du chott vers la nappe serait fatal pour cette dernière en terme de
salinité .La simple poursuite de l'existant , du moins dans le CT , serait donc tout à fait
inacceptable pour la région des Chotts . Là , il faudra sérieusement envisager la réduction
des prélèvements comme un scenario plausible , et s'y préparer d'ores et déjà
Les résultats de l'« Hypothèse Forte » et de l'« Hypothèse faible » ont par ailleurs démontré
les limites de l'approche « simulation pure » dans la définition d'une stratégie de
développement du SASS. Aussi bien l'Hypothèse Forte que l'Hypothèse faible, qui
paraissaient de prime abord devoir « encadrer » les choix des décideurs et les solutions
envisageables, auraient au vu de ces résultats des conséquences inacceptables sur le
devenir du SASS. C'est la raison pour laquelle il a été décidé de rechercher une autre façon
de procéder à la définition, en commun, de solutions acceptables, au moyen d'un modèle
miniature.
Le micro-Modèle : une démarche optimisation-simulation
Le principe adopté au vu des résultats des simulations exploratoires était de s'affranchir de
la recherche de scénarios de développement à priori sans relation directe avec les propriétés
de l'aquifère, fondés uniquement sur les prédictions de la demande en eau et de rechercher
au contraire à bâtir des scénarios à base « hydraulique », fondés sur les capacités de
production du SASS et minimisant les risques de nuisances identifiées
, en des sites aussi
proches que possible des lieux où une demande actuelle ou future aurait le plus de chances
de s'exprimer fortement, sans toutefois s'interdire de prospecter des secteurs favorables qui
seraient éloignés des sites de demande potentiels mais pourraient s'avérer propices à
l'exportation. La première étape d'un tel processus a consisté à inventorier, pays par pays,
tous les sites de pompages potentiels.
Comment assurer un maximum de prélèvements d'eau pour le meilleur développement de la
région sans risquer pour autant de dégrader l'état de la ressource ? Et comment parvenir à
formuler le « meilleur » schéma d'exploitation dans ce sens ? Le Micro-Modèle du SASS a
précisément été conçu pour ce faire. Encore a-t-il fallu d'abord inventorier les risques
encourus et préciser les contraintes que l'on devra respecter pour minimiser ces risques.
Cela nécessite de pouvoir quantifier ces risques, ce qui revient à savoir les modéliser. Le
Modèle Numérique du SASS était précisément investi d'une telle fonction.
Perspectives nouvelles et Durabilité du système
L'un des résultats des investigations effectuées sur ce modèle a permis de vérifier qu'il
existait une possibilité de porter l'exploitation par forages du SASS, estimée à 2.2Milliards
de m3 en 2000 [1.33 en Algérie, 0.55 en Tunisie, 0.34 en Libye], jusqu'à un niveau de
7.8Milliards de m3/an à l'horizon 2030, et ce tout en respectant dans une certaine mesure
les contraintes relatives aux risques de dégradation de la ressource. L'atteinte d'un tel
niveau de développement de la ressource ne peut se faire qu'au prix d'une rupture totale
avec les régions traditionnelles d'exploitation intensive . En effet, 80% des prélèvements
additionnels devront se faire dans des régions «nouvelles» et éloignées : 3,5 Milliards dans
le Bassin Occidental du CI , 0,6 Milliard aux confins sud du CT... Par pays , cette exploitation
se décompose comme suit : 6.1 Milliards m3/an en Algérie , 0.72 Milliards m3/an en
Tunisie , 0.95 Milliards m3/an en Libye. Une telle éventualité ferait passer l'exploitation du
SASS au niveau de huit fois ses ressources renouvelables. Une telle opération n'est
évidemment réalisable que par un très important puisage sur les réserves du système ,dans
les zones à surface libre du bassin occidental , où l'on est assuré d'un minimum de
rabattements. On doit toutefois souligner la nécessité qu'il y a de confirmer certains des
résultats obtenus : malgré les progrès réalisés par le projet SASS , des incertitudes

subsistent dans la connaissance du système , qui nécessiteront d'entreprendre de nouvelles
investigations .
Maîtrise des Risques et Indicateurs de suivi de la ressource
Comment exploiter les nappes sahariennes dans l'optique d'un développement durable ?
Les trois pays concernés par le devenir du système sont condamnés à rechercher ensemble
une forme de gestion commune pour minimiser les risques liés à l'exploitation du bassin.
L'un des facteurs de risque concerne l'ignorance des effets et les dangers qui résultent d'une
mauvaise connaissance de la nappe. La levée de ces incertitudes contribuera à améliorer
davantage la représentativité du modèle et augmenter encore la fiabilité des résultats des
simulations effectuées. Les investigations et les recherches à venir doivent porter sur les
questions relatives à : l'Exutoire Tunisien et le champ des Transmissivités connexes;
l'Emmagasinement en nappe libre; le poids du Cambro-Ordovicien; la nature de la limite
orientale; la représentation du Golfe de Syrte; les Foggaras; les Chotts; la Recharge des
Aquifères; l'exploitation des Réserves du Bassin Occidental; la sensibilité du Modèle à ses
Paramètres. Il est par ailleurs primordial qu'un Réseau de Référence permanent soit mis en
place pour assurer la production d'Indicateurs fiables et permettre le suivi et l'évaluation de
la ressource : niveaux de prélèvements, réseau piézométrique, réseau qualité, réseau hydro-
pluviométrique...
De l'étude en Partenariat du SASS à la nécessité d'une gestion commune
Entre l'Algérie , la Tunisie et la Libye , le Complexe Terminal aujourd'hui , le Continental
Intercalaire demain , se trouvent dans un état d'exploitation tel qu'il faut déjà penser à y
contrôler ensemble , sinon à y réduire, les pompages . Parmi les raisons objectives qui
poussent à la concertation , la gestion des risques mis en évidence par l'étude du SASS
constitue une raison majeure . Les problèmes techniques rencontrés par les différents pays
du SASS les conduisent naturellement à s'organiser ensemble : la pratique du partenariat
au cours du projet SASS a progressivement forgé la confiance mutuelle entre équipes
techniques , la conscience que les problèmes rencontrés ou pressentis par les uns
dépendent en partie des actions menées par d'autres , et la conviction que l'action
commune augmente l'efficacité des solutions . Les trois pays du SASS sont favorables à la
création d'un mécanisme tripartite permanent de concertation pour la gestion commune du
SASS. Le point de départ est la nécessité de maintenir et de développer la base de
données commune et le modèle . L'échange de données doit par la suite servir de base à la
formulation de politiques et de stratégies de l'eau. C'est ainsi que la mise en place d'un
mécanisme institutionnel élaboré et durable s'avère nécessaire , sa mise en oeuvre devant
se faire d'une manière progressive.
Mise en place d'un Mécanisme de Concertation Permanent
La mise en place du mécanisme de concertation a suscité un large débat , organisé en trois
ateliers nationaux. Les points de convergence et de consensus issus de ces journées ont été
validés par un atelier régional de synthèse. Ces points concernent notamment : - la
nécessité d'assurer la continuité des travaux portant sur l'amélioration de la connaissance du
système et de son exploitation (évaluation des risques, gestion de la Base de Données
commune, actualisation du Modèle, mise en place d'un réseau commun, formation,
développement de la recherche ), - nécessité de la mise en place d'un mécanisme de
concertation et de son ancrage institutionnel dans une première phase au sein d'un
organisme international, l'OSS, - nécessité d'une mise en place progressive, partant d'une
structure efficace et légère, vers un mécanisme autonome plus élaboré et doté d'attributions
plus importantes à terme .
Les principales caractéristiques, convenues lors de l'Atelier Régional, confèrent au
mécanisme l'objectif de coordonner, promouvoir et favoriser la gestion rationnelle et
concertée du SASS. Sa structure comporte, dans la phase de démarrage : a) un Comité de
Pilotage composé des strcures nationales chargées des ressources en eau agissant en tant
que points focaux nationaux, b) une Unité de Coordination gérée et abritée par l'OSS , c) un
comité scientifique ad-hoc. Ses attributions sont multiples et centrées autour de la production
d'indicateurs de suivi, du développement des bases de données et des modèles, de la

promotion d'études, de recherches et de formations, de la réflexion sur l'évolution future du
mécanisme.